L’académie de jazz de France depuis 1955

La Nouvelle-Orléans 1718-2018. Regards sur trois siècles d’histoire partagée.

Deuxièmes Entretiens d’outre-mer sous la direction de Dominique Barjot & Denis Vialou.
Maisonneuve & Larose Nouvelles Éditions/Hémisphères Éditions, 2019 - ISBN 9782377 010424
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L’Académie des Sciences d’outre-mer* organise des entretiens, fort justement nommés « Entretiens d’outre-mer » puisqu’ils concernent des régions ou des États du monde ayant développé au cours de leur histoire des liens privilégiés avec la France. Évoquer dans ce cadre La Nouvelle-Orléans, que le site de la Louisiane présente comme « un morceau de France en terre américaine », paraît donc tout à fait naturel.

Cet ouvrage est édité sous la direction de Dominique Barjot, Professeur émérite d’Histoire économique contemporaine à la Sorbonne Université Lettres et à la Renmin University of China, ASOM, et de Denis Vialou, Professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle, et Président en 2018 de l’Académie des sciences d’outre-mer ; il fête ainsi le tricentenaire de La Nouvelle-Orléans.

On y trouve une étude détaillée de la ville sur les plans historique, politique, économique et culturel écrite par des spécialistes. On y ressent la complexité de l’histoire mouvementée de la Cité du Croissant, fondée en 1718 dans un méandre du Mississippi par l’explorateur Jean-Baptiste Le Moyne, cédée à l’Espagne en 1762, revenue à la France en 1800, vendue enfin trois ans plus tard aux États-Unis.

Ouverte aux influences française, espagnole, américaine et des Caraïbes, La Nouvelle-Orléans, dotée d’un port de commerce maritime et fluvial florissant, possède un cachet unique qui en fait le charme. Comme le montre Dominique Barjot dans ses précieuses notes d’introduction, s’y est en effet développé une sorte de gumbo culturel se manifestant dans la cuisine, un certain mode de vie caractérisé par des mœurs plus libérales, la littérature, les arts picturaux, la musique en général, avec trois siècles d’échanges avec Paris recensés dans l’article d’ Alfred E. Lemmon, et bien sûr, le jazz adopté par l’Europe à la fin de la première guerre mondiale.
Ce sujet est traité par Anne Legrand de l’Institut de recherche en musicologie à qui l’on doit un ouvrage récent fort intéressant intitulé « Harlem à Limoges »}**. Elle y examine le rôle joué en France par des musiciens de jazz de la Nouvelle-Orléans. Le plus connu d’entre eux est Sidney Bechet qui participa, en 1925, à la célèbre Revue Nègre aux côtés de Josephine Baker qui y fit sensation. Après avoir séjourné plusieurs fois en France, il décida de s’y fixer pour y connaître une carrière brillante propulsée par le succès des Oignons et de Petite fleur, deux morceaux devenus emblématiques que l’on entendait dans toutes les surprises parties de l’époque.
Considéré comme une figure de proue du jazz, Sidney Bechet est aussi un symbole de la présence française à la Nouvelle-Orléans puisqu’il pouvait s’exprimer en français. Comme l’évoque l’auteur, d’autres excellents musiciens associés à la Nouvelle-Orléans à l’image du saxophoniste-clarinettiste Frank Goudie, du tromboniste Albert Wynn et du clarinettiste Peter Ducongé, ont aussi vécu à Paris où leur art était reconnu à sa juste valeur sans qu’ils aient à subir la ségrégation existant dans leur pays. Tous joueront un rôle important dans le développement du jazz en France.

La belle histoire d’une ville complexe et fascinante.

Alain Tomas.

*Académie des sciences d’outre-mer, 15 Rue La Pérouse, 75116 Paris. www.academieoutremer.fr/

**Harlem à Limoges, Les Ardents éditeurs, 2018.