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John Coltrane The Wise One, par Nicolas Fily

Éditions Le Mot et le reste, 2019.

À l’origine de cet ouvrage, les chroniques de dix albums de John Coltrane écrites par Nicolas Fily à l’occasion du cinquantenaire de la disparition du musicien.

Ce premier jalon posé, il parut naturel à l’auteur d’élargir sa démarche à toute la production de Coltrane et « The Wise One » fut écrit. Pour aborder une œuvre de cette envergure, Nicolas Fily a choisi de traiter son sujet en s’appuyant sur la chronologie des enregistrements du saxophoniste.

Guidé par ce fil rouge, le lecteur visite, album après album, son imposante discographie tout en suivant les événements importants de sa vie et de son cheminement spirituel. On découvre ainsi les premiers pas du jeune Coltrane dans les orchestres de Rhythm & Blues d’Eddie Vinson, Bull Moose Jackson, King Kolax, Earl Bostic... Vient ensuite son passage chez Johnny Hodges et Dizzy Gillespie où on l’entend pour la première fois au saxophone ténor devenu son instrument principal.
Ces expériences initiatiques révèlent un travailleur acharné très attentif aux messages de ses aînés et encore à la recherche de sa personnalité musicale.

Un peu plus tard, son entrée dans le premier quintet de Miles Davis et la rencontre décisive avec Thelonious Monk lui révèle des horizons nouveaux. Véritable stakhanoviste des studios, Coltrane enregistre avec Elmo Hope, Hank Mobley, Sonny Rollins, Tadd Dameron, Mal Waldron... Tout lui est bon pour enrichir son art.

En 1957, il grave le premier disque sous son nom. Sa production Atlantic marque ensuite son émancipation définitive en constituant une étape essentielle de son œuvre.
Travaillant ensuite sous l’égide de la compagnie Impulse, Coltrane, désormais à l’avant-garde du jazz, poursuivra sa trajectoire jusqu’à son point ultime.

Cet aspect principal de cette étude concernant directement Coltrane s’appuie sur une quantité importante d’informations que l’auteur a rassemblées et synthétisées pour en tirer une analyse pertinente.
Toutefois, Nicolas Fily est moins convainquant quand il aborde le contexte historique du jazz. On lit alors des appréciations étonnantes : Earl Bostic manquerait d’inspiration (p. 25) ; le jazz mainstream, une étiquette qu’il ne définit d’ailleurs pas, serait mis au goût des Blancs et réapproprié par eux (p. 27) ; Zoot Sims et Al Cohn ont un style suranné (p.48) ; Art Tatum est présenté comme un pianiste stride (p.59) ; la modernité de Coltrane ringardise Coleman Hawkins (p.62). Toujours sur le même ton, les boppers auraient ringardisé les big bands et leurs vocalistes (p. 236) ... Bizarre quand on sait que Dizzy Gillespie et Billy Eckstine ont dirigé des grandes formations ! Le blues est déclaré archaïque alors qu’il est présent dans toute la production jazzistique, toutes périodes et tous styles confondus.
Visiblement, l’auteur considère l’histoire du jazz comme portée par une force de progrès continu, amenant systématiquement chaque style à surclasser le précédent.
Mais là n’est pas l’essentiel. En dépit de ces jugements à l’emporte-pièce, cet ouvrage propose une analyse réfléchie et bien écrite de l’œuvre de John Coltrane que l’amateur, chevronné ou débutant, lira pour son plus grand profit.

Alain Tomas.

John Coltrane The Wise One, par Nicolas Fily. Éditions Le Mot et le reste, 2019. ISBN : 978-2-36054-916-0