L’académie de jazz de France depuis 1955

DÉJEAN Joseph (1974)

Lauréat en 1974

JPEG - 72 ko
Joseph DEJEAN (1975)
©Christian Rose

Guitariste, compositeur et vocaliste (Montréal, 04-08-1947 / Saintes, 09-06-1976)

Le prix Django Reinhardt fut attribué en 1975 à Joseph Déjean. Et pourtant, les revues et dictionnaires spécialisés se souviennent aujourd’hui bien peu du rôle de pionnier que ce musicien étonnant occupa dans l’effervescence du free jazz français pendant les années 70. Son parcours professionnel fut terriblement éphémère. Lui qui était pétri de spiritisme et refusait de conduire une voiture en tournée parce qu’il était convaincu qu’il mourrait dans un accident automobile vit se réaliser sa prédiction le 9 juin 1976 après un concert au festival de Saintes.
Bien qu’il ait, dit-il, abordé son instrument par hasard, il devient guitariste professionnel à la fin des années 60. Avec le Full Moon Ensemble du batteur Claude Delcloo et Archie Shepp, il enregistre en 1969 l’album Crowded with loneliness, a tribute to Bob Kaufman dont il compose deux pièces sur des paroles de « l’ultime » poête beatnik. En juillet 1971, il se produit à nouveau avec ce groupe au festival de Juan-les-Pins, ce dont témoignent deux albums BYG Actuel.
Le guitariste s’engage alors dans un groupe emblématique du début des années 70, le Cohelmec Ensemble, avec Jean Cohen (sax), Evan Chandlee (cl, fl), Jean-François Canape (bugle), François Méchali (b), Jean-Louis Méchali (dm, vib). De 1971 à 1974, le Cohelmec enregistre à plusieurs reprises avec Joseph Dejean : Hyppotigris Zebra Zebra (Saravah, 1971), Next (Saravah, 1972) et 5 Octobre 1974 (2xLP Chevance).
En 1972, il rencontre le guitariste Gérard Marais pour une émission de télévision. Ces deux musiciens sont dès lors régulièrement associés, en particulier pour de mémorables duos dont témoigne l’album Duo enregistré avec la participation de Jef Gilson pour la marque Open.
La disparition de Joseph Déjean survint alors qu’un film sur le Cohelmec était en cours de réalisation par Daniel Soutif, Stéphane Alexandresco et Eric Vallée. Daniel Soutif se souvient que le titre du film On a fait un peu de bruit... avait été emprunté au fatalisme de Déjean lui-même. En duo avec Gérard Marais, il avait été filmé en train de jouer dans le hall d’une grande banque à l’heure du déjeuner et avait conclu en rangeant son matériel on a fait un peu de bruit pour couvrir le bruit que faisaient les autres. Le film fut projeté au Musée d’art moderne de la Ville de Paris à l’occasion d’un concert du Cohelmec.
Michel Portal l’invite alors à rejoindre le Michel Portal Unit avec Bernard Lubat et Daniel Humair puis le fait participer, en 1974, au grand orchestre qu’il réunit pour enregistrer la musique du film de Jean-Louis Comolli L’ombre rouge. Un morceau de la bande sonore porte d’ailleurs son prénom, Joseph (album Saravah, 1981).
Joseph Déjean accompagna régulièrement le chanteur Ricet Barrier, participa à l’enregistrement de plusieurs de ses disques (La servante du château, Les vacanciers et Les zygomatiques) et lui offrit les musiques de quelques chansons (Les spermatozoïdes, Les amours difficiles, Les poupées retro). Le chanteur se souvient que le guitariste était un être un peu merveilleux... et que, parfois, il faisait dans ses accompagnements des notes surprenantes, imprévues et pile ce qu’il fallait !
Un album posthume, Chansons sans paroles, a été publié par Village (Montpellier) avec des enregistrements de Joseph Déjean réalisés quelques mois avant sa mort en janvier 1976 auxquels ont été superposées les participations de plusieurs musiciens enregistrées en 1980-1981 : Bernard Lubat (dm), Jean-Marc Padovani (ss), Gérard Pansanel (g)...
Le multi-instrumentiste et chef d’orchestre Saheb Sarbib lui a dédié son album A blessing for Joseph Dejean (Sasa Music, 1976). Joseph Dejean y apparait au coté de Saheb Sarbib (p, b, comp), Daunik Lazro (as) et François Jeanneau (ts) pour une plage enregistrée en juin 1976 au Palais des Congrès qui témoigne de la toute dernière apparition publique du guitariste.

Jean Delmas (merci à Gérard Marais et à Daniel Soutif pour leurs témoignages)